Environnement

Paradoxe du progrès illimité des sciences selon Fulcanelli

Date de mise à jour : 29/04/2021
Temps de lecture : 7 minutes

Textes transmis par un internaute.

à la villa Arnaga

  • Toi qui viens partager notre lumière blonde
  • Et t'asseoir au festin des horizons changeants,
  • N'entre qu'avec ton cœur, n'apporte rien du monde
  • Et ne raconte pas ce que disent les gens.

Paradoxe du progrès illimité des sciences 
Le règne de l'Homme

Paradoxe du progrès illimité des sciences 

À tous les philosophes, aux gens instruits, quels qu’ils soient, aux savants spécialisés comme aux simples observateurs, nous nous permettons de poser cette question : « Avez-vous réfléchi aux conséquences fatales qui résulteront d’un progrès illimité ? »


Déjà, à cause de la multiplicité des acquisitions scientifiques, l’homme ne parvient à vivre qu’à force d’énergie et d’endurance, dans une ambiance d’activité trépidante, enfiévrée et malsaine. Il a créé la machine qui a centuplé ses moyens et sa puissance d’action, mais il en est devenu l’esclave et la victime : esclave dans la paix, victime dans la guerre. La distance n’est plus un obstacle pour lui ; il se transporte avec rapidité d’un point du globe à l’autre par les voies aériennes, maritime et terrestre. Nous ne voyons pas cependant que ces facilités de déplacement l’ont rendu meilleur ni plus heureux ; car si l’adage veut que les voyages forment la jeunesse, ils ne semblent guère contribuer à raffermir les liens de concorde et de fraternité qui devraient unir les peuples.

Jamais les frontières n’ont été mieux gardées qu’aujourd’hui.
L’homme possède la faculté merveilleuse d’exprimer sa pensée et de faire entendre sa voix jusqu’aux contrées les plus lointaines, et pourtant ces moyens mêmes lui imposent de nouveaux besoins. Il peut émettre et enregistrer les vibrations lumineuses et sonores, sans y gagner autre chose qu’une vaine satisfaction de curiosité, si ce n’est un assujettissement assez peu favorable à son élévation intellectuelle. Les corps opaques sont devenus perméables à ses regards, et s’il lui est possible de sonder la matière grave, en revanche que sait-il de lui-même, c’est-à-dire de son origine, de son essence et de sa destinée ?


Aux désirs satisfaits succèdent d’autres désirs inassouvis. Nous y insistons, l’homme veut aller vite, toujours plus vite, et cette agitation rend insuffisantes les possibilités dont il dispose. Emporté par ses passions, ses convoitises et ses phobies, l’horizon de ses espoirs recule indéfiniment. C’est la course éperdue vers l’abîme, l’usure constante, l’activité impatiente, forcenée, appliquée sans trêve ni repos. « Dans notre siècle, a dit fort justement Jules Simon, il faut marcher ou courir : celui qui s’arrête est perdu. » À cette cadence, à ce régime, la santé physique périclite. Malgré la diffusion et l’observation des règles d’hygiène, des mesures de prophylaxie, en dépit des innombrables procédés thérapeutiques et de l’amoncellement des drogues chimiques, la maladie poursuit ses ravages avec une inlassable persévérance. À telle enseigne que la lutte organisée contre les fléaux connus ne semble avoir d’autre résultat que d’en faire naître de nouveau plus graves et plus réfractaires.


La nature elle-même donne des signes non équivoques de lassitude : elle devient paresseuse. C’est à force d’engrais chimiques que le cultivateur obtient maintenant des récoltes de valeur moyenne. Interrogez un paysan, il vous dira que « la terre se meurt », que les saisons sont troublées et le climat modifié. Tout ce qui végète manque de sève et de résistance. Les plantes dépérissent — c’est un fait officiellement constaté, — et se montrent incapables de réagir contre l’envahissement des insectes parasites ou l’attaque des maladies à mycélium.


Enfin, nous n’apprendrons rien en disant que la plupart des découvertes, orientées d’abord vers l’accroissement du bien-être humain, sont rapidement détournées de leur but et spécialement appliquées à la destruction. Les instruments de paix se changent en engins de guerre, et l’on connaît assez le rôle prépondérant que la science joue dans les conflagrations modernes. Tel est, hélas ! l’objectif final, l’aboutissement de l’investigation scientifique ; et telle est aussi la raison pour laquelle l’homme, qui la poursuit dans cette intention criminelle, appelle sur lui la justice divine et se voit nécessairement condamné par elle.


Afin d’éviter le reproche, qu’on n’eût pas manqué de leur adresser, de pervertir les peuples, les Philosophes refusèrent toujours d’enseigner clairement les vérités qu’ils avaient acquises ou reçues de l’antiquité. Bernardin de Saint-Pierre montre qu’il connaissait cette règle de sagesse lorsqu’il déclare, à la fin de sa Chaumière indienne : « On doit chercher la vérité avec un cœur simple ; on la trouvera dans la nature ; on ne doit la dire qu’aux gens de bien. » Par ignorance ou par mépris de cette condition première, l’exotérisme a jeté le désordre au sein de l’humanité.

Le règne de l'Homme 

Le Règne de l’Homme, prélude du Jugement dernier et de l’avènement du Cycle nouveau, est exprimé symboliquement en un curieux tableau de bois sculpté, conservé à l’église Saint-Sauveur, autrement dite du Chapitre, de Figeac (Lot). Sous la conception religieuse voilant à peine son évident ésotérisme, il montre le Christ enfant endormi sur la croix et entouré des instruments de la Passion (pl. XLIII). Parmi ces attributs du martyre divin, six ont été, à dessein, réunis en X, de même que la croix où repose le petit Jésus et qui a été inclinée pour qu’elle donnât cette forme par la perspective.


Ainsi, rappelant les quatre âges, avons-nous quatre X (khi) grecs dont la valeur numérique de 600 nous fournit, en produit, les 2400 années du monde. On y voit donc la lance de Longin (Jean, XIX, 34) assemblée au roseau (Matthieu, XXVII, 48 ; Marc, XV, 36) ou tige d’hysope supportant l’éponge imprégnée d’oxycrat (Jean, XIX, 34) ; puis le faisceau et le flagellum entrecroisés (Jean, XIX, I ; Matthieu, XXVII, 26 ; Marc, XV, 15) ; enfin, le marteau qui servit à enfoncer les clous de la crucifixion et les tenailles utilisées pour les arracher après la mort du Sauveur.


Triple image du dernier rayonnement, formule graphique du spiritualisme déclinant, ces X marquent de leur empreinte la seconde période cyclique, à la fin de laquelle l’humanité se débat dans les ténèbres et la confusion, jusqu’au jour de la grande révolution terrestre et de la mort libératrice. Si nous réunissons ces trois croix en sautoir et si nous plaçons le point d’intersection de leurs branches sur un axe commun, nous obtiendrons une figure géométrique à douze rayons, symbolisant les douze siècles qui constituent le Règne du Fils de l’Homme et qui succèdent aux douze précédents du Règne de Dieu.
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L’histoire rapporte que les Gaulois, interrogés à l’égard de ce qui était capable de leur inspirer le plus de terreur, avaient coutume de répondre : « Nous ne craignons qu’une chose, c’est que le ciel nous tombe sur la tête. » Mais cette boutade, que l’on donne pour un gage de hardiesse et de bravoure, ne cacherait-elle pas une tout autre raison ? Au lieu d’une simple forfanterie, ne s’agirait-il plutôt du persistant souvenir d’un événement réel ? Qui oserait affirmer que nos ancêtres ne furent pas les victimes horrifiées du ciel s’écroulant en formidables cataractes, parmi les ténèbres d’une nuit longue de plusieurs générations ?

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Mais, si nous envisageons seulement le fait du déluge, nous serons amenés à reconnaître qu’un tel cataclysme a dû laisser des traces profondes de son passage, et modifier quelque peu la topographie des continents et des mers. Ce serait une grave erreur de croire que le profil géographique de celles-ci et de ceux-là, leur situation réciproque, leur répartition à la surface du globe étaient semblables, il y a tout au plus vingt-cinq siècles, à ce qu’ils sont aujourd’hui. Aussi, malgré notre respect pour les travaux des savants qui se sont occupés des temps préhistoriques, devons-nous n’accepter qu’avec la plus grande réserve les cartes de l’époque quaternaire reproduisant la configuration actuelle du globe. Il est évident, par exemple, que fut longtemps submergée une partie du sol français, recouvert de sable marin, abondamment pourvu de coquillages, de calcaires aux empreintes d’ammonites. Rappelons également que l’île de Jersey se trouvait encore soudée au Cotentin en 709, année où les eaux de la Manche envahirent la vaste forêt qui s’étendait jusqu’à Ouessant et servait d’abri à de nombreux villages.

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Résumons-nous. La terre, comme tout ce qui vit d’elle, en elle et par elle, a son temps prévu et déterminé, ses époques évolutives rigoureusement fixées, établies, séparées par autant de périodes inactives. Elle est ainsi condamnée à mourir, afin de renaître, et ces existences temporaires comprises entre sa régénération, ou naissance, et sa mutation, ou mort, ont été appelées Cycles par la pluralité des anciens philosophes. Le cycle est donc l’espace de temps qui sépare deux convulsions terrestres de même ordre, lesquelles s’accomplissent à l’issue d’une révolution complète de cette Grande Période circulaire, divisée en quatre époques d’égale durée, qui sont les quatre âges du monde. Ces quatre divisions de l’existence de la terre se succèdent selon le rythme de celles qui composent l’année solaire : Printemps, été, automne, hiver. Ainsi, les âges cycliques correspondent aux saisons du mouvement solaire annuel, et leur ensemble a reçu les dénominations de Grande Période, Grande Année, et, plus fréquemment encore, de Cycle Solaire.

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Fulcanelli, extrait de l'ouvrage :  Les Demeures philosophales, t. II, 1930.